Ines Leroy Galan

Née en 1988, à Paris, Inès Leroy-Galan est photographe et artiste plasticienne. Elle a étudié la photographie à l’École des Gobelins de Paris, avec une option post-production, après une formation en textile et graphisme. Elle s’est également formée à la peinture, la sculpture et le dessin. Depuis quelques années, l’artiste est présente sur des plateaux de photographie de mode et des arrières salles des défilés en tant que petite main, pratiquant parallèlement la retouche photographique.

La photographie a pris le pas sur tout l’univers artistique d’Inès Leroy-Galan ; elle lui permet de réunir, de façon parfois expérimentale, les genres, les techniques, les medium, de la sculpture au textile, en passant par le dessin. À travers l’image photographique, elle cherche à créer une tension, souvent en jouant sur l’ambivalence. Dans notre monde saturé d’images, l’artiste veut intriguer, si possible interpeller, parfois mettre mal à l’aise le spectateur, pour créer chez lui émotion, voire même perplexité. 

 

L’univers d’Inès Leroy-Galan peut être ostensiblement sensuel, centré sur le corps, la sexualité, et leur représentation dans le monde actuel. Les normes et les préjugés interpellent l’artiste, à qui l’expérience de la mode et de la retouche photo ont donné matière à parler autour du fantasme des apparences et de la manière dont on façonne en coulisses des images de rêve. La mode redessine les silhouettes en permanence et compose une identité esthétique bien reconnaissable d’époque en époque et de lieux en lieux. Le vêtement est un faiseur de corps. La retouche à l’appui, notre vision de la norme et du beau s’en trouve remodelée.

L’artiste a été également fortement influencée par le Surréalisme et le Minimalisme, ce qui se ressent visuellement dans une facette de son travail qui peut parfois prendre des aspects très oniriques. Dans la série des Femmes-mobiles qui figure dans cet ouvrage, les visuels sont issus de magazines de mode qui offrent une femme au corps fantasmé, idéalisé, objectivé par le façonnage du maquillage et de la retouche photo : une illusion. L’artiste, par un processus de montage photographique et d’assemblage, crée, à partir d’images de figures féminines issues de magazines, des objets aériens inédits. La figure féminine reste reconnaissable malgré la tridimensionnalité d’un mobile qui la transforme, la distend, brise et déforme les courbes, étire et gonfle le visage. Après l’avoir été dans les magazines, l’illusion est magnifiée ici une seconde fois et le corps devient un nouvel être, superbe, comme dans un rêve - ou un cauchemar.  Explosés en une myriade de miroirs à travers des images de beauté, de séduction, ces visages prennent une autre forme : celle d’un objet. Inès Leroy-Galan leur donne une nouvelle dimension, une deuxième réalité, brouillant les frontières avec le mélange des procédés, la rupture du collage qui lui-même fractionne, l’hybridation de différentes pratiques artistiques, par lesquelles la peau devient print, découpage/collage, sculpture via un procédé textile, photographie par une incroyable « charcuterie de papier », visant un idéal toujours plus lointain. Pour l’artiste, ces « peaux » sont comme des corps disloqués, incongrus, qui frappent par leur incroyable invraisemblance.

 

La série Cavités Spatiales, réalisée par Inès Leroy-Galan, se démarque de l’ensemble de la production de l’artiste. Ce travail est le fruit d’un voyage dans les Cévennes, occasion pour l’artiste de questionner la notion de paysage, la notion d’espace et de matière. Les images que nous propose Inès Leroy-Galan sont de l’ordre du rêve ; elle n’a pas voulu retranscrire de façon trop concrète les paysages rencontrés et reste dans l’abstrait, sans convoquer ni montage ni travail plastique. Inès Leroy-Galan entend ce que chacun y voit, la Lune, les nuages, des voiles jetés dans l’espace... Ce n’est qu’en nous rapprochant que l’illusion se brise et certaines images révèlent leur secret : il s’agit en réalité de trous creusés dans la roche, grottes, moulin en ruine dont le sol s’effondre...au-dessus de cours d’eau qui serpentent telles des nuées blanches, vaporeuses.

 

La série photographique Glitches et les faux-tissages ou photo-tissages qui l’accompagnent viennent en contrepoint de l’onirisme des séries évoquées précédemment. À partir de photographies de scènes brouillées à l’aide d’un appareil numérique défectueux (majoritairement des portraits), l’artiste a exploré un aspect désordonné du réel. Cet ensemble de photographies est une base de recherches qui sera -ou non- transformée par l’artiste en textile. Dans cette série, l’artiste a voulu relier ses photographies à la technique de l’ikat en se l’appropriant pour mieux servir ses intentions. C’est dans cette optique que l’artiste a créé une série de faux tissages, impressions de ses photographies sur chaînes. Véritables trompe-l’œil, ils semblent aussi bien être tissés lorsque l’objet est manipulé, qu’imprimés à même la feuille lorsqu’il est posé tant ils sont fins. Ces recherches ont aussi donné lieu à un questionnement sur la place de la tapisserie qui a une apparence désuète, en travaillant de l’image à la tapisserie et de la tapisserie à l’image. L’artiste tisse, imprime ses chaînes et tissages, elle scanne le résultat qu’elle réimprime, toujours dans cet idéal du processus qui, étape par étape, enrichit son vocabulaire pictural.

 

Ce travail mécanique et aliénant a fini par faire réapparaître un ordre au sein du désordre : par exemple, en enrobant une plaque de plexiglas, l’artiste questionne le procédé de floconnage du fil qui semblait à première vue aléatoire. Il avait disparu et par ce système, l’ordre réapparait, faisant surgir un motif qui se répète sur une partie de l’œuvre. Ce qui est manufacturé possède forcément un ordre de fabrication. L’artiste, dans cette démarche, retrouve le geste premier du processus de création. Dans cette perspective, interrogeant la notion de processus, Inès Leroy-Galan se sert de l’image pour et par l’image, à travers diverses expérimentations. Elles se présentent par leur rigidité, leur répétition, leur systématisme et elles peuvent paraître à celui qui les voit comme un maillage étouffant. L’artiste nous dit interroger cet ordre en le soulignant, le surlignant, jusqu’à arriver à un certain désordre. Et inversement, dans le désordre, elle retrouve de l’ordre, consciente qu’il n’était qu’illusion de chercher à y échapper.

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