Liu Guangli

Liu Guangli est un artiste chinois né en 1990 à Lengshuijiang, qui signifie « le fleuve de l’eau froide », dans la province du Hunan. En 2008, il entre à l’université de Pékin et choisit comme spécialité la conception mécanique et l’automatisation. Un an plus tard, il bifurque vers le domaine des médias numériques, ce qui le mènera finalement jusqu’en France où il sortira diplômé de la Villa d’Arson, à Nice, en 2017. Bien que Liu Guangli ait acquis en Chine la technique de la peinture académique, c’est vers les nouvelles technologies qu’il se tourne. Il ne reviendra alors vers la peinture qu’en la transcendant, en la transfigurant grâce à des effets de synthèse. Son parcours se ressent dans ses compositions numériques très travaillées et techniques. On retrouve également ses racines chinoises dans les paysages minéraux qu’il crée. En effet, il faut savoir que Lengshuijiang est surnommée la capitale de l’Antimoine car elle se trouve à proximité du plus grand gisement d’antimoine au monde. L’activité minière a donc baigné sa jeunesse et l’on peut voir dans ces paysages dénaturés la trace qu’elle a laissée.

 

Mais surtout, ce que Liu Guangli expérimente dans sa série La Mémoire de la Mer dont certaines œuvres figurent dans cet ouvrage, c’est une nouvelle façon de traiter le paysage en renouvelant la tradition de la peinture de paysage chinoise que l’on appelle également Shan-Shui, ce qui signifie « montagne-eau », les deux éléments fondamentaux de la peinture orientale de paysage. En réfléchissant aux espaces imaginaires créés par les grands peintres du passé à travers un jeu d’oppositions et de mises en relations, l’artiste nous offre un monde virtuel, un paysage transfiguré grâce à ces deux éléments essentiels si chers à ces peintres que sont l’eau et la montagne. Développant un algorithme spécifique, Liu Guangli a obtenu une image de l’Océan Indien au 5 Mars 1722. De là, grâce à l’image de synthèse, il compose un nouveau paysage à l’aide d’éléments passés et présents, réunis dans une sorte d’utopie visuelle, un monde fantasmé s’inspirant d’une réalité passée.

D’autres travaux de Liu Guangli questionnent également la notion de paysage dans sa virtualité. Un exemple en est : le travail qu’il a effectué sur le tableau de Poussin, La traversée de la Mer Rouge, peint à Rome entre 1633 et 1637. Après en avoir proposé plusieurs études, Guangli a imaginé de représenter en animation 3D le paysage qui s’étend derrière les montagnes de l’arrière-plan. Il réalise finalement une œuvre interactive, Nicolas on The Cost of the Red Sea/Nicolas au Bord de La Mer Rouge, qui permet au spectateur de se mouvoir et de se plonger sans fin dans ce paysage inventé. Le thème choisi par l’artiste, une histoire d’exil, de terre promise et d’identité, n’est probablement pas étranger à son destin.

D’une manière générale, le travail Liu Guangli s’inscrit dans une temporalité fictionnelle; en créant des images de toute pièce, il lie son identité à ce monde. Pour lui, « la vérité se révèle au moment où un monde glisse vers l’autre. »

 

 

https://www.liuguangli.net/